JANVIER - FÉVRIER - MARS 2008



Le numéro anniversaire des quarante ans de L'astrologue vient de paraître. Numéro exceptionnel puisque que M. André Barbault répond à une longue interview (91 pages) dans laquelle il nous livre tout son itinéraire  et ses réflexions sur l'astrologie d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

Des extraits de l'interview :

F.P.: A quel âge et comment commencez-vous l’astrologie ?
A.B.: j’ai 13 ans et tout juste mon certificat d’études, nous sommes en 1934, nous vivons dans l’Yonne, mon père est forgeron, ma brave mère est à la maison, j’ai deux frères aînés, Hubert (le père de Martine) et Armand, qui a 15 ans de plus que moi, que je vois toujours plongés dans les livres, ils ont tous les deux accédés par eux-mêmes au niveau d’ingénieur chacun dans leur spécialité.
Armand, pour sa part, est plutôt un occultiste et s’intéresse à l’ésotérisme. Dans l’Yonne, à cette époque il y a peu de techniciens en électricité, alors il travaille pour devenir ingénieur électricien, il construit lui-même un poste à gallène et il est tout à fait intéressant de savoir que tous les notables du petit village où nous habitons sont venus à la maison le dimanche matin écouter la messe de Notre Dame de Paris, sur le poste que mon frère a construit.
Voilà mon environnement, mais je dois vous dire que j’ai déjà raconté tout cela dans le n°68 de l’astrologue, lorsque j’ai voulu marquer mes « noces d’or » avec l’astrologie, c’était pour le quatrième trimestre 1984. Vous voyez 34-84.


F.P.: Quels sont les ouvrages, les auteurs en astrologie qui vous ont le plus aidé et marqué à vos débuts ?
A.B. : Après ces débuts pour le moins contrastés et hasardeux, je poursuis mes lectures la plupart du temps par le canal d’Armand ; j’aborde Muchery, Antarès — ah celui-là avec sa technique mécanisée et ses interprétations à l’emporte pièce, quel vertige — puis défilent Janduz, Privat, Beer, Gouchon, Choisnard. Je lis, je dresse, je trace, j’emmagasine, et au milieu de cet enseignement disparate je retiens quelques leçons, de-ci de-là, et je suis fasciné par les prévisions qui emplissent les pages des magazines de l’époque. Le grand Nostradamus de Privat, le Chariot de Muchery et la revue Demain de Brahy en Belgique, ainsi que l’Almanach Chacornac qui paraît à Paris chaque année depuis 1931, avec des textes de Nitibus, Arista et Volguine. J’admire ces gens qui, jonglant avec les ingres, les éclipses semblent au fait de la finance, de la politique, de l’industrie…


F.P. : Une question qui va peut-être vous faire sourire. Pensez vous qu’il y ait des prédispositions à la pratique de l’astrologie ?
A.B : pas facile de répondre. Le milieu dans lequel on vit joue un le rôle principal. Imaginez que je n’aie pas de frère, bon alors, c’est vrai que j’ai un esprit curieux et plutôt intellectuel, mais si je ne reçois pas le « Crapouillot » dans mon petit pays, je ne peux que lire le journal que l’on trouve chez nous, « le Petit Parisien » en plus du « Canard enchaîné ». Et dans le coin où je suis, c’est un vrai problème que celui des voyages, aller à la ville la plus proche qui est Auxerre, c’est déjà difficile, à cette époque il n’y a que trois ou quatre automobiles dans le voisinage. L’électricité est nouvelle au village et j’ai appris à lire et à faire mes devoirs éclairé à la lampe à huile. Cela peut sembler énorme mais c’est vrai, aussi je ne peux pas dire si j’aurais pu rencontrer l’astrologie uniquement par prédisposition, le milieu dans lequel nous vivons intervient pour une part importante. C’est là qu’une porte peut s’entrouvrir, c’est là qu’un chemin peut se dessiner, et c’est seulement à ce moment-là que nos affinités, nos aspirations intérieures peuvent s’exprimer. Mais de là à s’investir dans l’astrologie, c’est vraiment trop particulier. À l’époque surtout, on n’entend pas parler d’astrologie, elle n’a commencé à montrer le bout de son nez, avec les horoscopes dans les années 34-35 et encore dans peu de journaux. Ça a commencé comme ça.


F.P.: Quand  découvrez-vous la psychanalyse ? A-t-elle infléchi votre pratique de l’astrologie ? A-t-elle été déterminante ?
A.B.: Je reviens à mon frère Armand, car à cette époque, à la fin des années 30, il compte beaucoup pour moi. C’est un neptunien, c’est un « guénonien » d’esprit, avec une certaine rigueur dans ses recherches, mais il est plutôt attiré par l’occulte, le paranormal, la magie ; il travaille la chiromancie. À la maison, nous lisons « le crapouillot » , et voilà que nous recevons un numéro consacré à la sexualité. Son auteur est René Allendy ; ce n’est pas n’importe qui, il est docteur en médecine et l’un des deux fondateurs de la société de psychanalyse de Paris, et je connais son nom parce qu’il se distingue également dans le milieu astrologique.


F.P.: Pour revenir aux personnalités que vous côtoyez à cette époque, y en a-t-il certaines qui se montrent fermées, voire hostiles à l’astrologie ?
 A.B. : Oui, il y en a un qui est fermé à l’astrologie parmi les psychanalystes, c’est Jacques  Lacan. Je me souviens un jour, avec Carteret, nous sommes chez le Révérend Père Bruno. Lacan est avec Françoise Dolto. Je suis venu avec Jean voir le R.P. Bruno sur les instances de Maryse Choisy qui voudrait mener à bien un projet de congrès sur le symbolisme. Maryse Choisy aussi est là et un autre grand bonhomme de la psychanalyse, dont j’ai perdu le nom. Au cours de la discussion, Carteret et moi, disons à Lacan qu’il serait très intéressant pour nous d’avoir sa date de naissance. Et alors là... pffttt… bouche cousue, il se fige et plus un son ne sort… il ne répondra pas, on n’aura le renseignement que plus tard, en s’adressant à l’état - civil.


F.P. : Racontez-nous comment s’est créé ce C.I.A. et son fonctionnement.
A.B. : Cela paraît tellement utopique. Il n’y a jamais eu plus de 250 membres. Et alors, que se passe-t-il ? Rapidement l’association est constituée, les statuts déposés et les astrologues membres  se rencontrent chaque semaine dans un bistro au Pont Neuf, face à la statue de Henri IV sur son cheval. Tout à l’heure, j’ai dit qu’il se passe quelque chose, oui, il y a une fringale d’échanges, d’amitié, de culture. On boit un pot ou deux, et l’on discute plusieurs heures, parfois assez tard. C’est incroyable, ce sont de beaux moments, et c’est sur ces assises-là que le C.I.A se constitue. Mais  j’aurais aimé vous parler avant de ce qui s’était passé – la constitution du C.I.A c’est toute une histoire – et si je pouvais me permettre de vous conseiller de reproduire quelques documents. Par exemple la composition du Comité de Patronage du C.I.A. J’ai très tôt demandé à André Breton d’en faire partie, mais, malgré l’intérêt qu’il nous portait, il a refusé quand il a vu que Jean Cocteau était déjà sur la liste.

F.P. : Et c’est là que vous fondez la revue «  L’astrologue », n’est-ce pas ?
A.B. : C’est à ce moment-là oui, mais je dois dire que ce n’est pas moi le fondateur de « L’Astrologue ». Pour la petite histoire, le C.I.A. a un nouveau Président, l’avant-dernier véritable d’ailleurs, H.J. Gouchon, un astrologue pour lequel j’ai toujours eu beaucoup d’estime. L’argent manque, la trésorerie est précaire, et Gouchon souhaiterait faire davantage que les petits bulletins habituels. Il y avait bien eu des arrangements avec « Les Cahiers astrologiques », dirigés par Alexandre Volguine, mais Volguine n’était vraiment pas un type franc, il avait même fait partie des détracteurs lors de l’organisation du congrès, il a tout fait pour le couler. Et à chaque fois que nous avions recours aux Cahiers astrologiques, c’était compliqué. C’est pour cette raison que Gouchon a envisagé de créer une publication propre au C.I.A. Il va donc voir Monsieur Villain qui dirige depuis une dizaine d’années les Éditions Traditionnelles, l’ancienne maison Chacornac, au 11 quai Saint Michel, la vitrine de l’astrologie à Paris depuis plus d’un demi-siècle. Et ce sont eux, tous les deux, qui ont fondé « l’Astrologue ». Mais une fois la décision prise, il fallait trouver quelqu’un pour s’en occuper et Gouchon est venu me voir pour me proposer ce poste : « Vous savez, vous êtes encore jeune, moi je deviens vieux » et j’ai accepté, mais je n’avais rien demandé. Et je donne le titre à la revue.

F.P. : Donc, je poursuis toujours sur la même idée : Que pensez-vous des courants astrologiques qui, comme l’astrologie conditionnaliste de Jean-Pierre Nicolas par exemple, tendent à minimiser ce rapport ?
A.B. : Il faut répondre par la voix de l’histoire, si j’ose dire. L’astrologie conditionnaliste est née dans L’Astrologue, il y a une cinquantaine d’année. Jean-Pierre Nicola, son fondateur, a construit son propre système qui a sa valeur et mérite d’être connu pour sa rigueur. Puis, en 1974, il y a eu un « mai 68 » dans le milieu astrologique. Un petit noyau d’astrologues a décidé de tout foutre en l’air en disant que le symbolisme c’était bidon, que ça n’existait pas, etc. Surtout qu’en brisant le miroir aux images du reflet analogique, il ne restait plus comme ressource que le maigre langage d’une pure abstraction désertée par la vie, vidée de l’existant. Mais maintenant, avec le recul, J.P. Nicola en est revenu puisqu’il a décroché un doctorat en faisant une thèse sur « Jung et l’astrologie ».

F.P. : Vous avez eu des échanges avec Dane Rudhyar et Alexandre Ruperti, quels souvenirs en gardez-vous ?
A.B. : Des hommes magnifiques. Rudhyar est venu en France durant une saison autour de 1970. Nous l’avons reçu avec Jean Carteret au Centre International d’Astrologie. C’était un homme charmant, très cultivé. Moi je suis « un étroit » uniquement astrologue. Lui, est « un large » il était musicien, peintre, poète, l’astrologie ne représentait qu’une composante de sa vie, alors que j’y ai consacré toute ma vie. Rudhyar avait Mercure en Poissons, très prononcé, fait pour la grande évasion. En vaste ouverture, tout en étant curieusement, fermé.


F.P. : Quelle est l’origine de la Lune noire ?
A.B. : Le premier qui en a parlé, c’est Dom Néroman. Ingénieur des mines, il connaissait le système solaire du bout des doigts, alors il jonglait avec virtuosité avec toutes les pièces du moteur. Et il introduit ce nouveau facteur la Lune noire peut-être bien pour se singulariser. Ce qu’il en dit n’a pas été retenu.

F.P. : Pourrait-on dire qu’une lecture purement technique d’un thème ne peut aboutir à une bonne interprétation sans l’intervention de l’intuition ?
A.B. : Ah ! Grosso modo, on pourrait dire que l’intuition n’intervenant pas, on a une bonne technique interprétative qui donne une bonne lecture du thème avec des résultats probants. Résultat à froid. Néanmoins, la chaleur de la communion intuitive donne des ailes qui permettent de personnaliser davantage l’interprétation, la flèche de vérité s’approchant du centre, la parole collant à la personne où elle se vit dans le dire.

F.P. : Vous avez créé votre propre site internet dans lequel vous mettez à disposition et gratuitement tout votre savoir. Pourquoi une telle initiative ?
A.B. : Pourquoi cette initiative ? Je me suis dit, le livre astrologique n’a plus d’avenir et je sens que j’ai encore des choses à dire ; eh bien ! j’ai jugé qu’il fallait en venir à l’ordinateur. J’ai eu la chance que mon amie Élisabeth Goarnisson ait pu créer mon site et que José Gonzalez puis Marc Brun en assument la tenue. J’ai encore plein de sujets, j’en ai une pile ! J’ai commencé un grand dossier sur les catastrophes naturelles, je ne sais pas combien de temps ça va me prendre. Vous savez, il y a encore plein de sujets à traiter en astrologie, plein ! Notre capital de savoir astrologique de par ce qui a été écrit et publié est encore insuffisant. La domification par exemple, pourquoi se sert-on plus de l’une que de l’autre ? La rétrogradation ? La maîtrise, il faudrait reprendre ces sujets. Personne n’a vraiment approfondi ces choses-là. Mais pour cela, il faut traiter beaucoup de matières. Le seul maître que l’on a en astrologie c’est la carte du ciel, c’est elle qui doit nous apprendre quelque chose en la faisant parler.

F.P. : Existe-t-il une hérédité astrale ? Je veux dire, retrouve-t-on des configurations identiques dans des thèmes de parenté ?
A.B. : On le constate. Si l’on trouve dans votre thème une configuration que votre mère ou votre père ou l’un et l’autre ont, cette configuration prend du relief. Elle a plus de valeur, elle sort des rangs de la moyenne des autres configurations de votre thème. Il est bon de tenir compte de cet élément dans l’interprétation. Parce que c’est un phénomène de répétition.

F.P. : Vous estimez donc que la conjonction Uranus Neptune va avoir des effets importants dans les décennies à venir
A.B. : Je suis effectivement convaincu que cette conjonction est train de bouleverser la pensée scientifique, qu’elle va faire exploser certaines convictions et en imposer d’autres. Et là l’astrologie sera aussi concernée, elle sera donc appréhendée différemment. Mais ce que je vous dis-là aura lieu dans une vingtaine d’année. Je ne serai plus là pour le constater… On dira plus tard que l’astrologie a été victime d’un préjugé rationaliste aussi bête que l’innocence de la pensée magique, ça finira dans un scandale, je vous l’affirme ! Donc, il faut attendre le Sextile d’Uranus Neptune du quart de siècle.


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Commentaires (3)

1. José Gonzalez 15/05/2008

Un numéro Magnifique...
J'ai beaucoup apprécié les commentaires d'André Barbault sur son parcours et ses contemporains. J'aimerai que cette tranche d'Histoire soit développée, notamment la description et le caractère de ces grands noms qui ont marqué l'histoire de l'Astrologie du XX eme siècle.
Encore ....

2. L'Astrologue 15/05/2008

Merci pour votre commentaire. C'est appréciable

3. replica handbags (site web) 20/06/2012

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